06 septembre 2019

Les rêveurs

Quatrième de couverture

«  On devrait trouver des moyens pour empêcher qu’un parfum s’épuise, demander un engagement au vendeur – certifiez-moi qu’il sera sur les rayons pour cinquante ou soixante ans, sinon retirez-le tout de suite. Faites-le pour moi et pour tous ceux qui, grâce à un flacon acheté dans un grand magasin, retrouvent l’odeur de leur mère, d’une maison, d’une époque bénie de leur vie, d’un premier amour ou, plus précieuse encore, quasi inaccessible, l’odeur de leur enfance…  »  I. C.  Quand l’enfance a pour décor les années 70, tout semble possible. Mais pour cette famille de rêveurs un peu déglinguée, formidablement touchante, le chemin de la liberté est périlleux. Isabelle Carré dit les couleurs acidulées de l’époque, la découverte du monde compliqué des adultes, leurs douloureuses métamorphoses, la force et la fragilité d’une jeune fille que le théâtre va révéler à elle-même. Une rare grâce d’écriture.

Globalement, je me suis ennuyée, j’ai trouvé cette lecture longue et laborieuse. Isabelle CARRE est une actrice souriante et lumineuse, ce premier roman où elle raconte la vie de ses parents et la sienne est tout le contraire, sombre, voire glaçante.

Après avoir lu la quatrième de couverture, j’imaginais qu'elle nous expliquerait sa démarche et sa venue vers le théâtre et le cinéma ainsi que l’apport que ce métier mais en fait elle n’en parle quasiment pas.

Il y a parfois aussi des retours en arrière déroutants…

Voici toutefois un des rares passages où elle parle de son métier et que j’ai bien aimé (la dernière phrase résume un peu le livre) :

"Mais j’ai une autre vie. J’en ai même plusieurs, presque une centaine. Je suis morte si souvent. Ça ne m’a jamais effrayée, il paraît que ça rallonge la vie, la vraie, surtout sur scène, davantage que sur un plateau de cinéma, je n’ai jamais su pourquoi. J’ai d’abord été ingénue, fille de, puis une femme plus complexe, ambivalente, dangereuse, j’ai perdu la mémoire, porté le voile, mais j’ai aussi montré mon corps tout entier, j’ai été psychotique, je me suis prise pour la Vierge, à deux reprises je suis devenue héroïnomane, j’ai fait une overdose, des préposés à la morgue m’ont glissée dans un sac en plastique rapporté de l’institut médico-légal pour plus de réalisme, j’ai sombré dans l’alcoolisme, été enceinte sous méthadone, je me suis fait étrangler, j’ai été une pianiste virtuose, une violoniste médiocre, j’ai rendu vivante la statue de la Liberté, j’ai été mère avant d’avoir moi-même des enfants, mère douce, compréhensive, équilibrée, mais aussi mère indigne, dépressive, ambivalente, toutes sortes de mères, qui voulaient s’échapper, s’enfuir, qui auraient préféré ne pas l’être, je dois pourtant avouer que j’ai une mère limite : Médée, j’ai refusé plusieurs fois d’être infanticide ; j’ai attrapé le choléra, je me sis tuée en avalant du véronal, j’ai sauvé des gens, en revanche je crois n’avoir jamais tué personne, il faudra que je vérifie, j’ai opéré à cœur ouvert, été aveugle, fait b dans les scènes d’amour, j’ai trompé, j’ai aimé des drôles de types : tueur en série, malfrat, éternel étudiant… J’ai adopté, aidé des clandestins, été clandestine moi-même, j’ai donné des sales coups, parfois sans cascadeur, j’en ai pris aussi, j’ai essayé d’être comique aux côtés de partenaires dont c’était le registre naturel, je me métamorphosais alors en kangourou, ou en mascotte, étais-je plus à l’aise en femme politique incorruptibles ? j’ai été juge et avocate, conseillère au Planning familial, tenté d’être une secrétaire crédible, puis critique de cinéma, libraire spécialisée en livres rares, ou encore infirmière, j’euthanasiais des gens, je confesse tout de même ici quelques meurtres, car j’avais la seringue facile. J’ai traversé les époques, du XVIIIe siècles à aujourd’hui, je n’ai pas encore té projetée dans l’avenir mais ça peut venir, j’ai vécu la guerre, été paysanne avant de jouer les femmes fatales… On m’a parfois demandé pourquoi je ne restais pas cette femme-là, elle m’allait bien, celle-là ! J’ai joué en essayant de tout simplifier, de retirer les couches en trop, comme un oignon. Ou au contraire, avec hargne, j’ai voulu mettre beaucoup de couleurs, mes plus belles plumes, les plus folles et les plus flamboyantes pour prouver… quoi ? je n’en sais rien. Je me sentais vide et seule, J’avais toujours la sensation de n’avoir nulle part où aller.

Ça ne se voyait pas. J’étais d’humeur égale. Je cachais bien mes faiblesses, dans un sourire."

Je classe ce livre en 488ème position et ne lui donne pas d’étoile.

Posté par dupdup1000 à 21:07 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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